PHAIDRA FTF2

PHAIDRA

THEATRE GREC ET PAILLETTES_MERCREDI 30 SEPTEMBRE, JEUDI 1ER ET VENDREDI 2 OCTOBRE_20H

PHAIDRA

de Yannis Ritsos / Traduction d’Anne Personnaz

Mise en scène : Théophile Dubus et Mathilde Panis  / Jeu : Théophile Dubus Lumière : Victor Mandin / Son : Jérémy Oury

Durée approximative : une heure

Une femme fait venir à elle son beau-fils pour lui avouer son amour. Elle parle, il se tait puis s’en va. Restée seule, la femme – Phèdre, ou Phaidra, donc – laisse derrière elle une lettre accusant le jeune homme – Hippolyte, donc – d’avoir tenté de la violer et se pend. C’est aussi simple que ça, et tout aussi incompréhensible.

En réécrivant le mythe de Phèdre et d’Hippolyte en 1974, Yannis Ritsos le condense à la seule scène de l’aveu et le réduit à l’essentiel : quelqu’un aime quelqu’un qu’il n’a pas le droit d’aimer, le lui dit et en meurt. Cela se passe en Grèce, à une époque étrange, celle de l’Antiquité et celle des Colonels – un temps où Artémis offre des crucifix à de jeunes chasseurs, où on trouve des frigidaires dans le palais royal et où des révolutions sont matées dans le sang. Il y a des fantômes, des souvenirs et beaucoup de visions. On y est homme et femme, ou bien ni l’un ni l’autre, et le désir y est une chose immense qui transcende ou détruit tout sur son passage. On peut y pleurer pour un parapluie oublié et regarder sereinement des corps de suppliciés. Et, parce qu’on y parle, on se bat, franchement, on essaie de comprendre, d’expliquer, de séduire, on se résigne ou on accepte.

C’est un monologue, c’est du théâtre, ou un poème, peut-être même que c’est un chant, funèbre sûrement, et aussi érotique, et c’est une tragédie, dans ce que cela a de grand, cette histoire, et d’immensément triste – et même de drôle, parce que grotesque et dérisoire. C’est un cri, pas une plainte, entre l’orgasme et la fureur, obscènement joyeux comme un jeu de massacre. On y saupoudre la boue de paillettes, on s’y éclaire à la servante, on s’y maquille, s’y mutile, s’y masque et s’y démasque – une sorte de strip-tease, mental, physique et, pourquoi pas, spirituel – et on s’y confronte, encore une fois, parce que c’est essentiel, aux questions posées par ce foutu duo d’Eros et Thanatos.

MERCREDI 30 SEPTEMBRE, JEUDI 1ER ET VENDREDI 2 OCTOBRE – 20H /// 8-10€ + 2€ d’adhésion

Mais qui est Yannis Ritsos au fait ?

Né à Monemvasia en Laconie, cadet d’une famille de grands propriétaires terriens, il est imprégné par ce « rocher » natal, lourd de souvenirs historiques. Sa famille très tôt détruite (ruine économique, mort de la mère, Eleftheria Vouzounaras, et du frère aîné, Mimis, démence du père, Eleftherios Ritsos, et de sa sœur bien-aimée, Loula), ainsi que les attaques de tuberculose, marquent sa vie et obsèdent son œuvre. Prolétarisé, précarisé – il survit en calligraphiant des actes juridiques à l’Ordre des avocats et en participant à des spectacles de danse classique –, il adhère au Parti Communiste grec à la fin des années 1920. Cet engagement lui vaut de connaître les camps de « rééducation nationale » après la guerre civile qui déchire le pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. De 1948 à 1952 il est renvoyé en exil àLemnos, puis à Makronissos. Mais Rítsos partage ensuite encore avec sa génération de nouvelles épreuves lorsqu’il est à nouveau arrêté lors du putsch des colonels, en avril 1967, et déporté aux îles de Yaros puis de Leros. À cause des problèmes de santé, en 1968 Ritsos sera transféré à Samos en assignation à domicile et deux ans plus tard il sera transféré à Athènes pour la même raison. Sa renommée s’étend alors au-delà de son pays, notamment en France sous l’impulsion d’Aragon qui le salue comme « le plus grand poète vivant » et mène campagne pour sa libération. À la chute des Colonels en 1974, Rítsos acquiert, avec la liberté, un statut hugolien de « poète national ».

Son œuvre, jusque là de facture assez classique, s’ouvre à des influences nouvelles, et se rapproche par certains aspects du surréalisme. En Grèce, son œuvre rencontre un vaste écho populaire avec plusieurs de ses poèmes mis en musique par Theodorákis. Si Rítsos reste fidèle au parti communiste d’obédience soviétique, à la différence de la plupart des intellectuels grecs qui se tournent vers un « eurocommunisme » dénonçant l’intervention en Tchécoslovaquie, il n’en poursuit pas moins une œuvre peu conforme à ce que son public pouvait en attendre et qui reste hantée par la tragégie familiale originelle : il revisite les grands mythes antiques au moyen de ses souvenirs de Monemvassia en publiant une série de monologues dramatiques centrés sur les personnages d’Oreste, de Phèdre, d’Hélène, de Philoctète, etc. En marge de ces recueils importants, Rítsos multiplie les séries de très courts poèmes qui mêlent humour, visions cauchemardesques et notations d’un quotidien sacralisé. Il meurt alors que s’effondre, dans les pays socialistes, le rêve pour lequel il a lutté et souffert pendant tant d’années. Son ancienne gloire « militante » compromet alors sa gloire littéraire et entraîne son œuvre, à l’étranger du moins, dans un discrédit dont elle mériterait amplement de sortir.

Son œuvre publiée comporte plus de cent recueils de poèmes, L’ennialogie Iconostase des saints anonymes, des pièces de théâtre, des essais ainsi que des traductions. Il a aussi laissé un grand nombre d’œuvres inédites. Des poèmes de Ritsos ont été traduits dans plus de quarante langues.

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